Entrevue avec Léo Noel, de La Zone du Dehors

Sortie Littéraire #5
Entrevue avec Léo Noël de La Zone du Dehors
 
 
Comme promis, je vous ait concocté un entretien avec Léo, le gérant de la Zone du Dehors, une librairie qui se trouve Cours Victor Hugo à Bordeaux. C’est dans celle-ci que je vais faire mon stage de libraire (découverte) à partir du 17 Juillet au 30 Juillet 2017 ! (Oui venez… VENEZZZZZ ACHETER DES LIVRES!!!!!!)
-Message subliminal ? Non, non bien sûr ~
 
Tout d’abord voici les coordonnées de la librairie :
 
La Zone du Dehors
Librairie faisant café-gallerie
68 Cours Victor Hugo, 33000 Bordeaux
09.82.23.27.78
 
Donc, mon entrevue va plutôt prendre la forme de l’interview. J’espère que ça vous plaira et vous convaincra d’y aller ! Surtout que le 19 Mai 2017, c’était les 2 ans de la librairie !!!!!!
Il y a eu une soirée spéciale anniversaire avec Vavanemo (vous savez, ma tatoueuse officielle) qui faisait des flashs, il y a même eu du gâteau ! (il paraît car je n’ai pas pu y aller, anniversaire d’une autre amie oblige…)
 
Passons à l’interview !
Avec notre cher Léo mangeant un Sandwich au Poulet !!! Oui oui, attention, c’est bien un sandwich au poulet !
 
Pourquoi as-tu choisi d’être libraire ?
Je ne l’ai pas choisi, ça m’a été imposé. Je remontre très très loin (pour raconter)…
J’ai toujours énormément lu, arrivé en Seconde je voulais faire L. Mon père a dit « non, tu vas pas faire L, y’a pas moyen, y’a pas de débouchés, tu vas faire S ». Donc Léo est frustré. Il passe son bac S mais a envie de revenir un peu vers L. À ce moment là, je commençais déjà à faire du cinéma. Donc, je suis passé en Licence d’Anglais, parce qu’il y avait de la littérature tout simplement et en même temps j’ai fait une formation de scénariste. Je suis parti à Paris pour faire le scénariste, je gagnais pas mal ma vie mais que sur un an parce que j’aimais pas vivre à Paris. Rentré de Paris, je voulais toujours bosser dans la culture, mais j’avais pas encore complétement identifié mes envies, donc j’ai bossé dans la danse pendant deux ans. Je faisais des échanges internationaux avec des danseurs. C’est pendant ces deux ans que ça s’est imposé à moi. Donc DUT métiers du livre. Rencontre avec Brice. Brice me dit un jour « aller va-y on ouvre une librairie », ok. Il s’y attendait pas… Elle est donc née le 15 Mai 2015.
 
Est-ce que tu lis tout les livres que tu reçoit ?
À nous tous, en additionnant les lectures de tous les libraires de la Zone, on est à 80 % des livres de la librairie lus. Par livre lu, ça peut être livre lu jusqu’à la page 60, comme ça on sait de quoi ça parle mais on est pas obligés d’accrocher à un livre. Y’a des livres qui sont vraiment bien et d’autres qui ne me passionnent pas et que je ne vais pas finir. Les coups de cœur où j’écrit le petit mot, je les ait lu jusqu’à la fin. Mais les autres mots de type explicatifs, je ne les ait pas forcément lus jusqu’à la fin.
 
Si tu n’as pas lu tout les livres, comment peux-tu conseiller quelqu’un ?
C’est galère, on essaye de conseiller mais si on n’a pas lu le livre, on ne va pas mentir au client, on va clairement le lui dire. Mais il faut quand même essayer d’être vendeur. Par contre, pour quelqu’un qui recherche par exemple un livre qui se passe à Cuba. Je peux pas forcément me rappeler de tout les lieux de tout les livres que j’ai lu. Il faudrait faire une sorte de fichier pour pouvoir conseiller ce genre de choses. Par contre, un livre que je suis en train de lire, que je n’ai pas fini de lire, et que je trouve super génial, je ne vais pas le conseiller. Car ça m’est déjà arrivé, tout mes amis l’ont acheté, mais une fois que j’ai lu la fin, ça cassé tout. Du coup mes amis ont été déçus. Je peux le conseiller, mais quand même spécifier que je n’ai pas encore fini le bouquin.
 
Qu’est-ce que tu préfères dans ton métier ?
Les patates…. ! (quart d’heure de folie by Léo)
C’est un métier complètement fou. Voilà ce que j’aime. Déjà dans les bouquins tu passe toujours d’un univers à l’autre mais aussi dans le boulot. Dans le boulot, un jour tu es en train de monter un meuble, le lendemain t’es en train de faire une chorégraphie pour un auteur qui doit venir et t’as envie de faire un truc sympa avant ; le surlendemain tu prépare un blind test. C’est comme ça que j’envisage mon métier, j’aime tout ce qui est ludique, faut que je m’amuse. Tu es confronté à des choses que tu n’a jamais fait, et en plus faut le faire de façon professionnelle.
 
Ce qui est difficile dans ton métier ?
La charge mentale est monstrueuse. Tu fais un métier de passion. Le truc pas cool avec ça, c’est que tu rentre chez toi et c’est pas fini, tu as toujours des trucs dans la tête.
 
Pourquoi l’avoir appelée « La Zone du Dehors » ?
C’est à la base le titre d’un roman d’Alain Damazio. C’est un auteur qui a écrit « La Zone du Dehors » quand il avait vingt-sept ans, qui contient pleins de défauts mais très réussi. Moi j’aime bien les lieux de discussion, c’est pour ça qu’il y a un café ici. La zone du dehors c’est un bouquin qui n’est pas tout a fait réussi d’aspect donc du coup, on peut en parler et je trouve ça génial parce qu’en plus, l’auteur est tellement jeune à ce moment-là, tellement impétueux qu’on le voit à travers son œuvre. Et ensuite la Zone du Dehors, bah c’est la curiosité, c’est sortir de son propre rôle. Aller explorer sa propre zone du dehors. Le fait qu’on ait. Les gens sont invités ici à ne jamais être la même personne. Jamais toujours la même. Ne pas être identifiable.
 
Combien êtes vous dans la librairie ?
Trois. (clair, net et précis)
 
Qui sont tes trois auteurs préférés ? (oui trois, un seul c’est trop la mort pour choisir)
Giono, pour la profondeur, le souffle de l’écriture. Comment c’est possible d’écrire comme ça ? Si tu n’a jamais lu « Un roi sans divertissement », lis-le. C’est une merveille, en plus c’est pas loin d’être un bouquin de fantasy. On est sur une contrée toute enneigée avec une ville. On sait qu’il y a un roi et on sait qu’il y a une bête. Autant tu peux le lire comme un roman réaliste voire historique, ou alors tu peux considérer que c’est dans un autre univers. Giono laisse la porte ouverte à ça et c’est tellement grand comme bouquin.
Pour l’inventivité, pour les univers proposés, Gaiman (rappelez-vous, c’est l’écrivain de « Moi, Cthulhu »). Je suis plus convaincu par ses récits adultes que ses récits ado mais c’est ultra bien scénarisé en fait, au niveau de la tension dramatique qu’il y a. Si tu veux, c’est super, c’est facile à lire. Au niveau du style, y’a vraiment des choses qui se passent parce que c’est très bien traduit (#Patrick Marcel). Je suppose que ça doit être meilleur en anglais, j’en ai lu qu’un en anglais.
Je sais pas tellement pourquoi je l’adore celui-là. Il a pas de genre particulier, un espèce d’écrivain total quoi. Henri James, qui est connu vraiment pour ses nouvelles, et qui a écrit un énorme bouquin qui est vraiment génial qui s’appelle « Les ambassadeurs ». Que je vend pas, car c’est impossible à vendre. Faut savoir que le mec qui a écrit les ambassadeurs, il l’a envoyé à Dickens. Il lui a demandé : « Qu’est ce que tu en penses ? ». Dickens a dit « C’est de la merde ». James a dit « Très bien je le publie ». Vraiment. « Les ambassadeurs », c’est l’histoire d’un américain qui tente de convaincre son frère parti en France de rentrer pour faire vivre la ferme de la famille. Et donc le héros va se retrouver dans cet univers français, confronté à des choses qu’il n’avait pas imaginé. En plus c’est le genre d’américain campagnard profond pas habitué à la ville. C’est un type qui vit dans une certaine souffrance de la vie, on le comprend très vite mais on quitte aussi très vite ce rôle-là. En fait, le bouquin est construit à la manière d’épisodes, qui peuvent se lire dans l’ordre que tu veux. Moi je l’ai commencé par le milieu et si ça se trouve y’a peut-être un ou deux épisodes qui me sont passés sous le nez. Car j’ai jamais fait la lecture de ce livre du début à la fin. Il y a un travail sur la narratologie hallucinant. C’est dit à la troisième personne mais n’est pas omniscient. Le narrateur peut se tromper. C’est comme si c’était les pensées du personnage mais à la troisième personne. Et la lettre de Dickens est en introduction du bouquin anglais.
 
Si tu n’avais pas été libraire qu’est-ce que tu aurais fait ?
L’andouille…
J’aurais fais quelque chose dans la culture. Tant que c’est enrichissant.
 
Est-ce que tu serais d’accord pour vendre de l’autoédité ?
À l’ouverture je disais non. Mais je suis en train de revenir dessus. Je réfléchis. Voilà mon souci, j’achète plein de bouquins mais je vends pas assez. Donc c’est une question qui reste en suspend. Maintenant l’édition est en train de se transformer avec les Kickstarter. Y’ a des formes intéressantes mais comme il n’y a pas de contrôle d’éditeur, tout le mond peut éditer. Il y a déjà énormémement de livres sur le marché, qui ne se vendent pas même quand ils sont très bien. Bien que l’auteur dise que son livre est bien, l’éditeur réfléchit en rentabilité, donc c’est important. Tout ça pour dire que j’y réfléchis.
 
Le café ne fait-il pas baisser la vente de livres ?
Non, on a plus de cinquante pourcent de chiffre d’affaire fait par le livre. Les ventes restent stables car on est une librairie avec un café. Ici, on entre d’abord dans la librairie et après, au fond il y a le café. Alors que « Les mots bleus », c’est un café plutôt qu’une librairie, ils ont très peu de choix de livres.
 
La Zone du Dehors est-elle une librairie spécialisée ?
C’est une librairie généraliste, qui ne vend pas tout mais qui favorise des choses, dont l’imaginaire globalement.
 
Libraire et tatouage, acceptable ?
Un des plus grands prescripteurs de livres français, c’est Benoit Minville. C’est aussi un auteur. Il est libraire à la FNAC et il fait tellement de prescriptions qu’elles sont relayées par tout les autres libraires. Il génère clairement des ventes. Ce mec-là est tatoué de la tête aux pieds.
 
Un conseil pour des futurs libraires ?
Ne sois pas en couple (réponse sensée faire éclater Brice de rire). Car en effet, c’est un métier de passion. Donc, tu travaille énormément.
 
Un livre à nous proposer ? (pour le livre inconnu du mois de Juin?)
« La glace et le sel »
-Censure des dires de Léo, vous aurez la surprise le 7 Juin !
 
Encore merci à Léo de la Zone du Dehors de m’avoir accordée un peu de son temps !
 
 

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